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Mon mari amnésique voulait divorcer tant pis pour lui, je ne suis pas humaine
« Signe les papiers. Camille est enceinte, le divorce est inévitable. » L'homme assis en face de moi s'appelait Arthur Beaumont. L'unique héritier de l'empire du Groupe Beaumont. Et moi, j'étais son épouse. « Arthur, réfléchis bien, je t'en supplie ! » intervint la femme assise à côté de lui, ma belle-mère. « Tu vas le regretter amèrement le jour où la mémoire te reviendra ! » Oui, vous avez bien compris. Mon mari était amnésique. Trois ans plus tôt, le jour de notre premier anniversaire de mariage, il était parti faire quelques courses. Il voulait me préparer un dîner aux chandelles, comme à l'époque où nous sortions ensemble. Les heures avaient passé. Il n'était jamais rentré. Après avoir signalé sa disparition, j'avais reçu un appel de l'hôpital le lendemain matin : Arthur avait eu un grave accident de voiture. Quand j'avais débarqué en panique aux urgences, je l'avais trouvé en train de fixer tendrement la jeune femme qui l'avait secouru. Le médecin m'avait alors annoncé la sentence : traumatisme crânien, amnésie totale des trois dernières années. Ses souvenirs s'étaient arrêtés la veille de notre toute première rencontre. Il avait totalement oublié que j'étais la femme qu'il avait courtisée sans relâche pendant deux ans. Pire encore : il était tombé follement amoureux de la fille qui l'avait emmené à l'hôpital. Le lendemain de sa sortie, il m'avait demandé le divorce. Dans ses yeux, j'avais retrouvé la même flamme sincère que lorsqu'il m'avait promis un amour éternel autrefois. Mon cœur s'était brisé en mille morceaux. J'avais refusé. Je ne pouvais pas tirer un trait sur notre histoire aussi facilement. Alors, il avait fait ses valises et avait quitté notre maison. Pendant les trois années qui ont suivi, j'ai vu défiler toutes les folies qu'il commettait pour elle. Après tout, les Beaumont étaient immensément riches, et Arthur était séduisant, brillant, puissant. Surtout, il faisait pour elle des choses qu'il n'avait jamais daigné faire pour moi. Parfois, je me disais que l'amour ne tenait vraiment à rien. Une simple poignée de neurones défaillants, et l'objet de votre dévotion change du tout au tout. Durant ces trois ans, beaucoup de proches ont tenté de le ramener à la raison. Tous ceux qui avaient été témoins de notre amour le suppliaient de rentrer à la maison. Puis, ils ont commencé à me consoler, moi. Ils me répétaient qu'il suffisait d'attendre, qu'une fois sa mémoire revenue, il se rappellerait combien il m'aimait. Alors j'ai encaissé. J'ai encaissé quand on m'a appris qu'Arthur avait racheté l'entreprise de cette fille rien que pour l'empêcher de démissionner. J'ai encaissé quand il lui a offert une île privée. J'ai même serré les dents quand j'ai su qu'ils vivaient ensemble sous le même toit, comme mari et femme. Mais aujourd'hui, j'avais atteint ma limite. « D'accord, dis-je avec un calme désarmant. Donne-moi les papiers. Je signe. » « Aria, non ! » Ma belle-mère m'attrapa la main, les larmes aux yeux. « Arthur n'a plus toute sa tête. Vous vous aimiez tellement... Pourquoi le destin s'acharne-t-il sur vous ? » Mes parents étaient morts quand j'étais enfant. Au fil des ans, les parents d'Arthur m'avaient toujours traitée comme leur propre fille. « Ce n'est rien, répondis-je en essuyant ses joues humides. Vous avez toujours rêvé d'un petit-enfant, n'est-ce pas ? Cette fille est enceinte. Cet enfant est innocent. Et elle a l'air gentille... Entre Arthur et moi, c'était tout simplement écrit. » « Je n'arrive pas à croire que tu cèdes enfin, ricana Arthur d'un ton glacial. » Dans son regard, aucune trace de tendresse. Juste le mépris condescendant qu'on réserve à une hystérique. Dans sa version actuelle de la réalité, je n'étais qu'une femme toxique refusant de lâcher prise, un obstacle à son nouvel amour idyllique. « Elle attend un bébé. Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'autre ? Que je laisse cet enfant naître hors mariage ? » « Tu... » Arthur jeta un coup d'œil méprisant à mon ventre plat avant d'ajouter : « Faut croire que je ne t'aimais pas tant que ça, à l'époque. Sinon, comment se fait-il que tu ne sois jamais tombée enceinte en un an de mariage ? »Je lui jetai mon verre d'eau en plein visage. « Dehors. » Il essuya rageusement ses joues mouillées en crachant : « Tu perds rien pour attendre ! Après le divorce, cette maison ne sera plus à toi non plus ! » Une fois Arthur parti, ma belle-mère tenta de me consoler : « Aria, viens vivre chez nous. Même si tu n'es plus la femme d'Arthur, tu seras toujours ma fille. » Je secouai la tête. Depuis trois ans, Arthur était en froid total avec sa famille à cause de moi. Il refusait de passer les voir, et quand j'essayais d'aller le trouver à son bureau, ses vigiles me barraient la route. Il avait besoin de mon accord pour divorcer rapidement. Face au refus de ses amis d'intercéder, il avait fini par faire pression sur ses parents. Et après s'être fait remonter les bretelles à plusieurs reprises, il avait tout bonnement coupé les ponts avec eux. Après avoir raccompagné ma belle-mère, je reçus un message d'une amie : Camille voulait me voir. Camille Valette. La jeune femme qui avait secouru mon mari. Elle était enceinte, et honnêtement, je n'avais aucune envie d'être tenue pour responsable s'il lui arrivait le moindre malaise. Je refusai d'emblée. Mais mon amie insista : Camille m'attendait dans un café du centre et refusait de bouger tant que je ne serais pas venue. Ces deux-là allaient vraiment finir par me rendre chèvre. En pestant intérieurement, je filai au café. Dès l'entrée, je l'aperçus près de la baie vitrée. À vrai dire, je n'avais aucune haine contre elle. Certains de mes amis la traitaient de briseuse de ménage, mais pour moi, le seul coupable était Arthur. Cette pauvre fille n'avait fait qu'une bonne action en déposant un blessé aux urgences, avant de se retrouver assaillie par les avances d'un milliardaire en extase. Je savais mieux que quiconque jusqu'où Arthur pouvait aller lorsqu'il voulait séduire quelqu'un. Il avait du charme, de l'argent à ne plus savoir quoi en faire, et Camille sortait à peine de ses études d'arts plastiques. Face à un déluge de romantisme et de cadeaux somptueux, n'importe qui aurait craqué. Elle portait une robe claire, ses ondulations blondes baignées de soleil. Seul son teint trahissait une légère pâleur. « Aria... merci d'être venue », murmura-t-elle d'une voix douce. Ceux qui nous connaissaient disaient souvent que nous étions le jour et la nuit. Elle était artiste, délicate, sensible, presque éthérée. Elle ressemblait à l'héroïne d'un clip romantique. Moi, avant de rencontrer Arthur, j'étais botaniste de terrain. Je passais ma vie en treillis au fin fond des jungles primaires. Ayant dirigé des expéditions dès mon plus jeune âge, j'avais développé un caractère bien trempé. À l'époque, Arthur n'avait pas encore repris la direction du groupe : c'était un fils de riche en quête de sensations fortes. Dieu seul sait combien il avait payé pour s'incruster dans notre mission en Amazonie. Durant tout le trajet, je n'avais pas arrêté de lui hurler dessus pour son incompétence notoire en matière de survie. Quand il s'était mis à me draguer, j'avais refusé net. J'aimais l'aventure, la terre mouillée, la moiteur des forêts. Devenir la femme trophée d'un grand patron ne m'avait jamais fait rêver. Mais Arthur savait s'y prendre. Il m'avait offert ce que je n'avais jamais eu : un foyer. Ses parents étaient adorables, me traitant comme un membre de la famille. Et il m'avait juré que le mariage ne briderait jamais mes rêves, qu'il serait mon pilier. Des paroles en l'air. Au début, j'avais continué mes expéditions. Puis, quand il avait parlé de fonder une famille, j'avais accepté de demander une mutation vers un poste de recherche en laboratoire. C'est pile à ce moment-là que l'accident était arrivé. Mes principes m'interdisaient d'abandonner un homme blessé et déboussolé. Alors, j'étais restée dans ce laboratoire à travailler sur mes échantillons, encaissant ses demandes de divorce pendant trois ans. Mais aujourd'hui, j'étais prête à tourner la page. Ma vie d'avant me manquait terriblement. Je pris place en face d'elle. Sa grossesse devait être toute récente, sa silhouette était encore très fine. « Tu voulais me voir ? dis-je sans détour. J'ai accepté le divorce. »À ma grande stupeur, Camille fondit en larmes. « Pourquoi tu pleures ? J'ai dit oui, le divorce est réglé », lâchai-je, prise au dépourvu. Elle s'essuyait convulsivement les yeux : « Pardon... Je suis tellement désolée... » Face à tant de détresse, mon agacement s'émoussa malgré moi. « Tu n'as pas à t'excuser. Ce n'est pas toi qui lui as fait perdre la mémoire. C'est la vie, c'est comme ça. » Je bus une gorgée de mon latte. D'habitude, j'avalais le café comme de l'eau, mais aujourd'hui, il me laissait un arrière-goût d'amertume atroce. « Tu portes son enfant. Soyez heureux ensemble, c'est tout ce qui compte. » Elle continuait de hoqueter : « Je ne voulais pas tout ça... Vraiment, je ne voulais pas briser votre vie... » Les clients des tables voisines commençaient à nous dévisager avec insistance. Pour la première fois de la journée, je me sentis totalement démunie. « Arrête de pleurer, soupirai-je en lui tendant une serviette en papier. Je ne t'en veux pas, je t'assure. » « Camille ! » La porte du café claqua avec violence. Arthur venait d'entrer en trombe, le regard assassin. « Espèce de sans-gêne ! » D'un geste brusque, il m'attrapa le poignet. Sa prise était si serrée que j'entendis presque mes os craquer. « Camille n'a rien à voir là-dedans ! Si tu as de la rancœur, c'est à moi qu'il faut t'en prendre ! » Franchement, comment avais-je pu ne jamais remarquer qu'il avait de la merde dans les yeux ? « Tu as perdu la tête ? En quoi est-ce que je m'en prends à elle ? » « Arthur, non ! Aria ne m'a rien fait, lâche-la ! » supplia Camille en s'interposant. Arthur me repoussa violemment. Mon poignet heurta le coin de la table en bois massif dans un claquement sourd. « Aïe... » lâchai-je en serrant les dents. Je devais bientôt repartir en mission de terrain ; une entorse était la dernière chose dont j'avais besoin. Mais c'était mal connaître la bêtise crasse d'Arthur. Après s'être assuré que Camille n'avait rien d'autre que les yeux rougis par ses propres larmes, il se tourna vers moi, menaçant : « Aria, je te préviens : c'est moi qui veux en finir avec toi. Si tu oses encore approcher Camille, je te détruis. » Mon Dieu, mes goûts en matière d'hommes avaient-ils toujours été aussi désastreux ? Ce type n'était pas seulement aveugle, il était stupide. « Laisse-moi te dire un truc, Arthur Beaumont. Ce divorce, je le veux autant que toi. Et... » Je levai la main et lui assénai une gifle monumentale. « ... puisque tu es si pressé d'en finir, envoie tes foutus papiers. Arrête de me faire perdre mon temps. » Le soir même, mon téléphone sonna. C'était la secrétaire d'Arthur. « Madame Beaumont ? Est-ce que c'est vrai que vous avez accepté de divorcer ? » J'appliquais une poche de glace sur mon poignet endolori. « Ne m'appelez plus comme ça. Je ne suis plus rien pour votre patron. Vu son impatience, ce sera réglé d'ici deux jours. » « Mademoiselle... Mais Monsieur Beaumont ne vous laisse absolument rien ! » Je marquai une pause. « Comment ça, rien ? » « Dès son retour au siège cet après-midi, il a convoqué le service juridique. Il exige que vous partiez sans le moindre centime. Pas de prestation compensatoire, pas de partage de biens, rien. » Vraiment ? Pourtant, je me souvenais distinctement de la nuit où il m'avait demandé ma main. Il m'avait juré sur son honneur que s'il venait un jour à me trahir, il repartirait nu sous un pont en me laissant l'intégralité de sa fortune. À l'autre bout du fil, la secrétaire poursuivit, gênée : « Il exige aussi la restitution de tous les cadeaux qu'il vous a offerts avant le mariage. » C'est vrai qu'il avait été très attentionné pendant notre cour. Comme je me fichais éperdument des sacs de luxe et des diamants, il m'avait un jour fait enregistrer une étoile à mon nom. « Même l'étoile ? » demandai-je avec une pointe d'ironie. « L'étoile ? » La secrétaire sembla taper frénétiquement sur son clavier. « Ah... Monsieur Beaumont n'a acheté que le certificat de baptême spatial à l'époque. Il n'a rien mentionné à ce sujet dans la liste des actifs à récupérer. » Il ne s'en souvenait même plus.En y repensant, toute cette relation n'était qu'une vaste farce. Une étoile qui portait mon nom... aussi vide de sens que notre mariage balayé par un simple choc à la tête. « Peu importe, soupirai-je, épuisée. Tout cela lui appartenait. Qu'il reprenne tout. » Bientôt, plus rien de tout cela n'aurait la moindre importance. « Mademoiselle Aria... même si je travaille pour lui, je dois vous dire que cette convention est scandaleuse. Vous n'avez commis aucune faute. Il n'a pas le droit de vous traiter comme ça. Ne signez pas. » Je savais qu'elle était sincère. Tout le monde savait que je venais d'un milieu modeste, sans parents, vivant dans un modeste pavillon de banlieue avant de le rencontrer. Et aujourd'hui, l'héritier du Groupe Beaumont jetait sa femme dévouée à la rue comme une malpropre. « Merci pour votre sollicitude, répondis-je doucement. Mais honnêtement... tout ce matériel ne m'a jamais intéressée. » Le lendemain aux aurores, l'avocat d'Arthur sonnait à ma porte. « Madame Beaumont, voici la convention de divorce établie selon les volontés de Monsieur. » « Donnez. Je signe. » L'avocat sembla décontenancé par mon empressement. « Vous ne souhaitez pas la faire examiner par votre conseil ? Si certaines clauses vous semblent inacceptables, nous pouvons ouvrir une négociation avec Monsieur Beaumont... » « Inutile. Il ne me laisse rien, et je ne veux rien de lui. » Je jetai un coup d'œil à la dernière page. La signature nerveuse d'Arthur y figurait déjà. Il n'avait même pas pu attendre vingt-quatre heures. Pourquoi m'accrocherais-je à des promesses mortes ? Je pris le stylo et signai au bas de chaque page. « Madame, ajouta l'avocat en rangeant les documents, Monsieur Beaumont souhaite que vous ayez quitté les lieux d'ici ce soir. » Arthur, décidément, tu es d'une classe exemplaire. Je balayai du regard cette villa où j'avais vécu pendant quatre ans. « C'est d'accord. » L'homme de loi venait à peine de franchir le portail que la mère d'Arthur débarqua dans le salon, affolée. « Aria ! Reste ici, ne fais pas tes valises ! Mon mari est parti au siège pour lui remonter les bretelles. Même s'il faut en arriver là, ce divorce ne se fera pas dans des conditions aussi ignobles ! » « Hélène, s'il vous plaît... Camille est enceinte. Notre histoire est terminée. » « Je sais ma chérie, mais j'ai appris qu'il te chassait sans un sou et qu'il exigeait que tu dégages aujourd'hui même ! » « Ce n'est pas grave. Tout cela était à lui. » « Hors de question ! Je l'appelle tout de suite. Qu'est-ce que tu vas devenir, toute seule, sans rien ? » Elle composa le numéro de son fils. Je n'eus pas le temps de l'en empêcher. Après de longues sonneries, la voix sèche d'Arthur résonna dans le haut-parleur. « Maman, c'est quoi ton problème à la fin ? Papa vient de me hurler dessus au bureau, et maintenant c'est toi ? Cette fille t'a maraboutée ou quoi ? Ce n'est qu'une petite chercheuse en botanique, elle n'a jamais rapporté un centime au foyer ! Elle a été logée, nourrie, blanchie dans un palace pendant des années, je ne vais pas en plus lui léguer un bien immobilier en guise de prime de départ ! » « Arthur ! Comment oses-tu parler comme ça de ton épouse ? Tu l'aimais plus que ta propre vie ! » « J'étais sans doute aveugle. L'avoir hébergée gratuitement pendant des années était déjà de la pure charité. » « Est-ce ainsi que nous t'avons élevé ? Tu as perdu tout sens moral ! » Voyant ma belle-mère trembler d'indignation, je lui pris calmement le téléphone des mains. « Arthur. Ne parle pas sur ce ton à ta mère. Je serai partie avant ce soir. » Mais sa fureur semblait sans fin : « Aria, arrête de jouer les saintes nitouches ! Je te préviens, tout ce qui se trouve dans cette maison m'appartient. N'espère même pas embarquer un seul bibelot. » J'avais dû perdre la raison pour être tombée amoureuse d'un individu pareil. « Ne t'inquiète pas, Arthur. J'ai un travail. Je ne prendrai même pas une feuille de papier de chez toi. »