Chargement des infos promo...
Oups, mon crush virtuel est mon patron
Pendant une réunion, mon petit ami virtuel m'a envoyé une photo torse nu. Dans l'excitation, j'ai envoyé par erreur le message qui lui était destiné… à mon patron. « Mon cœur, je suis tellement fauchée ce mois-ci. Ma paie n'est toujours pas tombée. » Le visage de mon patron s'est assombri et il a grogné : « Dehors. Je ne suis pas votre "cœur". » Mes collègues ont cru que le boss me détestait et ont commencé à se moquer de moi dans mon dos. Ce qu'ils ignoraient, c'est qu'après ma rupture brutale avec mon copain virtuel, mon patron m'a attirée contre son bureau, tremblant de tout son corps. « Mon bébé, je ne suis pas ton patron. Je suis ton homme. » « S'il te plaît, ne me déteste pas. Je t'aime tellement. Ne me quitte pas, je t'en supplie. » Comme je m'ennuyais en pleine réunion, j'ai décidé d'envoyer un message à mon crush virtuel. « Trop de stress au boulot en ce moment. Heureusement que mon mari est compréhensif : il s'est barré avec une autre. Et le gosse est mignon, normal, c'est pas le mien. » Mon petit ami virtuel m'a envoyé un sticker réconfortant avant de répondre : « Ma pauvre chérie, tu travailles tellement dur. J'aimerais tellement que tu sois payée à ne rien faire. » « Je peux racheter ta boîte ? » « J'ai envie d'être avec toi au bureau. » Mon copain était tellement adorable que j'ai voulu le taquiner : « Montre-moi tes abdos, bébé ! » « Je suis en réunion, mon cœur. On peut faire ça plus tard ? » J'allais lui répondre que je plaisantais quand il a vite changé d'avis : « Attends-moi, mon bébé. Je vais prendre une photo tout de suite. » Il allait vraiment s'éclipser en pleine réunion ? Il risquait de se faire virer ou de perdre sa prime s'il se faisait choper ! Je fronçais les sourcils, prête à lui dire de ne rien faire de stupide, quand ma collègue m'a donné un coup de coude : « Regarde le boss ! Il est tout rouge ! Et pour une fois, ce n'est pas parce qu'il est en colère. » En levant les yeux, j'ai vu Alexandre se lever d'un pas particulièrement vif : « Excusez-moi quelques minutes. » Dès que le patron a quitté la pièce, Margaux s'est penchée vers moi pour cancaner : « J'ai entendu dire par l'équipe marketing que la nouvelle égérie qu'on a signée le mois dernier serait la copine du boss. Tu sais, l'actrice, Victoria. Tu crois que c'est elle qui l'a mis dans tous ses états ? » Margaux a soupiré : « Victoria cartonne en ce moment. Il ne peut sûrement pas officialiser leur relation alors que sa carrière explose. On dirait bien qu'ils vont devoir se cacher pendant des années. Pauvre boss. » La vie privée du patron ne m'intéressait pas vraiment. Je cherchais une façon polie d'esquiver la discussion quand mon copain virtuel m'a envoyé plusieurs photos torse nu. Génial ! Vu sa silhouette athlétique et bien dessinée, il valait clairement le coup qu'on se voie en vrai ! Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire en zoomant sur les photos. Tout en admirant son corps parfait, j'ai répondu distraitement à Margaux : « Pas le même milieu, pas le même monde. J'espère que ça marchera pour lui. » Un rire m'a échappé devant le corps spectaculaire de mon copain. Mais avant que je puisse lui envoyer un compliment bien mérité, Margaux a jeté un œil à mon écran. « Tu regardes une vidéo drôle ? » De peur qu'elle découvre ma relation virtuelle, j'ai vite basculé sur TikTok en souriant : « Ouais, les réseaux, c'est trop addictif. » Quand Alexandre a rouvert la porte, il affichait une mine d'enterrement. La salle de réunion s'est transformée en quelques secondes en décor de film d'horreur. Tout le monde a baissé la tête, n'osant plus croiser son regard. Après s'être rassis, il a affiché les statistiques publicitaires du mois dernier sur le projecteur. Même si les retours sur investissement avaient explosé, il restait là, sourcils froncés, sans prononcer un mot. Comportement classique. Les patrons ne sont jamais rassasiés. Peu m'importait son humeur, moi, j'étais encore toute excitée. J'ai envoyé gaiement à mon copain : « Mon cœur, je suis tellement fauchée ce mois-ci. Ma paie n'est toujours pas tombée. » J'imaginais déjà sa réaction attendrie et paniquée. Après avoir envoyé le message, je n'ai absolument pas remarqué mon erreur de destinataire. J'étais déjà en train de taper frénétiquement dans la barre de texte : *Mon homme est tellement canon et sexy, je veux glisser sur tes abdos.* Au moment exact où j'allais appuyer sur envoyer, la voix furieuse et vibrante d'Alexandre a retenti dans la salle : « Dehors ! Je ne suis pas votre "cœur". » J'ai tchipé d'un air méprisant avant de chuchoter à Margaux : « C'est quoi son problème encore ? Crise de la quarantaine ? Il devient aigri avec l'âge ou quoi ? » Margaux s'est figée et m'a soufflé entre ses dents serrées : « Je te conseille de simuler un malaise tout de suite. » Abasourdie, j'ai aperçu du coin de l'œil la fenêtre de conversation affichée en plein écran sur le projecteur. Un très mauvais pressentiment m'a envahie. J'ai tourné la tête pour vérifier et, bien sûr, c'était la fin du monde ! Tous les collègues de la pièce me fixaient avec des yeux ronds comme des soucoupes. L'effondrement mental d'un salarié se produit toujours en une fraction de seconde. J'avais oublié de changer de compte. Envoyer des messages en douce sous la table finit toujours par se payer ! Je ne comprenais absolument pas pourquoi la photo de profil du boss était exactement la même que celle de mon copain virtuel. Quand la honte vous frappe, le premier réflexe est de faire semblant d'être occupée. J'ai fait mine de ranger mes dossiers sur la table, avant de finalement me lever pour m'excuser d'une voix étranglée : « Pardon, mon cœur… Je me suis trompée de destinataire. » Non ! Espèce d'idiote, la ferme ! C'était tellement humiliant que j'avais juste envie de fuir en courant. Avant même que je puisse faire un pas, j'ai croisé le regard glacial d'Alexandre : « Quel manque de professionnalisme ! »Après ce suicide social en direct, je suis devenue la risée de toute l'entreprise. Sur le groupe WhatsApp des employés, on n'a parlé que de moi tout l'après-midi. « Vous avez vu le coup d'Olivia du pôle stratégie ? » « MDR, même le boss a des groupies maintenant ! » « Mais il n'est pas avec l'actrice Victoria ? Olivia essaie de jouer les briseuses de couple ou quoi ? » « Elle est mignonne alors elle s'est dit qu'elle pouvait tenter un raccourci. Résultat : crash en plein vol ! » « Et si elle voulait juste envoyer ça à son mec et qu'elle s'est vraiment trompée ? » « Impossible. Je suis dans son équipe et elle n'a jamais parlé d'un mec. Jamais vu quelqu'un lui livrer des fleurs ou venir la chercher le soir. Et puis même, comment tu confonds la photo de profil ? Elle n'est pas aveugle ! Ça ne tient pas debout ! » « Haha, quelle manipulatrice ! Les jolies filles ont toujours un coup d'avance. Elle s'imaginait déjà devenir la femme du patron. » Après avoir lu ces messages en sous-marin, j'allais déprimer dans mon coin quand Margaux a débarqué avec fracas : « Vous en avez de la gueule derrière vos écrans ! Vous passez votre temps à braire comme des ânes. Si vous vous ennuyez autant avec vos bouches, allez récurer les toilettes au lieu de baver sur les gens ! Dégagez !! » Aussitôt, un donneur de leçons du groupe a répliqué : « Tes propos sont beaucoup trop agressifs. La culture de notre entreprise repose sur la bienveillance. Pas besoin d'être aussi violente. Si les messages ne te plaisent pas, tu n'as qu'à les ignorer. » Margaux : « Dégage toi aussi ! » « On est collègues après tout. Pourquoi tant d'animosité ? Tu ne pourrais pas être un peu plus polie ? » Margaux s'est montrée très conciliante : « D'accord. Veuillez dégager, s'il vous plaît ! » Le groupe s'est calmé quelques minutes, puis une rumeur s'est mise à circuler disant que j'avais un crush secret sur Alexandre. Ça m'a fait rire tellement j'étais énervée. J'ai tapé sèchement : « Tout à fait. À mon apogée, je pouvais avoir des crushs sur quatre-vingts personnes en un seul trimestre. » « Au passage, je suis au bout du rouleau et particulièrement susceptible. Laissez-moi inventer les rumeurs moi-même, vous manquez cruellement de talent. » Cette nuit-là, incapable de dormir à cause de la frustration, j'ai tout raconté à ma meilleure amie. Elle a tellement ri qu'elle en tapait sur son matelas : « Fais gaffe à pas recommencer. J'ai trop peur qu'il tombe amoureux de toi. Il va se dire : "Elle m'a appelé mon cœur, je dois prendre soin d'elle." Tu ferais quoi dans ce cas-là ? » « Il a l'air d'avoir une copine, et tu n'imagines pas la férocité avec laquelle il m'a aboyé dessus pour que je sorte ! » Son « Dehors » tournait en boucle dans ma tête. Plus j'y pensais, plus j'étais persuadée qu'il me haïssait. Après mûre réflexion, j'ai décidé de lui présenter des excuses formelles. « Monsieur, j'aimerais vous parler » « ??? J'ai une petite amie. Je l'aime à la folie. Si vous cherchez à discuter, trouvez quelqu'un d'autre. Laissez-moi tranquille et ne venez plus m'embêter. » « Non, monsieur, laissez-moi vous expliquer. J'étais pressée et j'ai manqué de clarté… » Mon message s'est heurté à un gros point d'exclamation rouge. Il n'était plus dans mes contacts. Il m'avait bloquée et supprimée ! Génial. J'avais officiellement offensé le grand patron. Après une nuit blanche passée à ressasser, je suis arrivée en retard le lendemain matin et je me suis fait choper direct. Tout ça par flemme : même en retard, j'avais tenu à attendre l'ascenseur. Manque de chance, la porte de l'ascenseur privé juste à côté s'est ouverte, et je me suis retrouvée nez à nez avec lui. Et pour couronner le tout, j'ai surpris Victoria accrochée à son bras, en train de faire des manières. Le sourire sur le visage d'Alexandre s'est immédiatement volatilisé. Il a jeté un coup d'œil à sa montre : « Neuf minutes et cinquante secondes. » Comme par hasard. Non seulement j'avais dix minutes de retard, mais j'interrompais en plus son moment intime. Évidemment qu'il allait être furieux. J'ai vite fait profil bas : « Je suis désolée, monsieur Vance. Je ne regarderai plus la prochaine fois. Si ça se reproduit, vous pourrez m'arracher les yeux. » Alexandre a froncé les sourcils, visiblement irrité. J'ai continué à battre ma coulpe : « Je ne serai plus en retard non plus. Si je recommence, vous pourrez me retirer ma prime d'assiduité. » « Pas la peine. » « Vous êtes trop bon, monsieur… » « Pas la peine d'attendre la prochaine fois », a-t-il coupé net avant de se tourner vers son assistant : « Dis à la compta de lui retirer trois cents euros sur sa prime. » « Mais le règlement autorise un ou deux retards par mois ! J'ai toujours été en avance jusqu'ici, jamais en retard ! » « En effet. Jusqu'ici, on fermait les yeux. Mais aujourd'hui, j'ai vu votre retard de mes deux yeux. » « … » Tout ça parce que je l'avais vu roucouler avec sa meuf ? Était-ce vraiment nécessaire de s'acharner sur moi comme ça ! Je ne le pensais vraiment pas aussi mesquin ! L'après-midi, lors du point d'avancement des projets, il a commenté le travail de chacun. Arrivé à mon tour, il n'a pas dit un seul mot. Il ne m'a même pas accordé un regard avant de passer au rapport suivant. Son mépris envers moi crevait les yeux. Juste avant l'heure de partir, ma cheffe d'équipe a balancé sur mon bureau le dossier que j'avais rendu quelques jours plus tôt. « Olivia, le patron a rejeté ta proposition. » J'ai soupiré : « Il a précisé ce qui n'allait pas ? Que je puisse corriger. » « Il a dit que c'était bon à jeter, inutilisable. Fais des heures sup ce soir et recommence tout depuis le début. » Il y avait tellement de monde dans cette réunion, et il avait osé qualifier mon travail de déchet devant tout le monde ? C'était trop !! J'ai serré les lèvres, la gorge nouée par l'amertume. Qu'il me retire du fric, passe encore ! Mais qu'il méprise mes compétences professionnelles ! Sale capitaliste sans cœur !À vingt-trois heures, j'étais la seule encore présente dans l'open space désert. Après avoir bouclé le projet et éteint mon ordinateur, j'ai posté un message sur les réseaux pour me plaindre de ce patron tyrannique qui exploitait ses employés. Mon frère a commenté : « Démissionne et va t'amuser. Ton grand frère est là pour gagner de l'argent pour toi. » Une minute plus tard, il m'a envoyé un virement pour mes futures vacances, en me répétant de tout plaquer si j'étais à bout. Toutes les larmes que je retenais depuis des jours ont fini par déborder. J'ai craqué, la tête enfouie dans mes bras sur le bureau. Ce n'est que lorsque mon téléphone s'est mis à vibrer avec insistance que j'ai fini par le déverrouiller. Mon copain virtuel venait inexplicablement de m'envoyer un virement de 13 140 euros, accompagné du mot : « Bonne nuit mon bébé ». « Bébé bébé bébé bébé » « Pourquoi tu ne m'as pas laissé payer ton panier pendant le Black Friday ? Tu n'as même pas utilisé notre cagnotte partagée. Je n'ai pas été assez bien ce mois-ci ? Tu m'en veux ? Mon cœur, j'ai tellement envie de dépenser mon argent pour toi. » J'ai refusé le virement et tapé sèchement : « Pas besoin, merci. » Sentant la froideur de mon ton, il est immédiatement devenu anxieux : « Je t'ai contrariée ? J'ai fait une bêtise ? Sois pas fâchée contre moi, mon cœur. Je suis désolé. » « Ce n'est pas toi. C'est juste que c'est l'enfer au travail. Ne t'occupe pas de moi, laisse-moi pleurer un bon coup. » Si je ne lui avais pas fait croire au tout début que j'étais muette, je l'aurais appelé sur-le-champ pour sangloter et vider mon sac sur toutes ces injustices ! « Pourquoi mon bébé pleure ? » « Ça me brise le cœur. » « Tu peux me donner ton adresse ? Je veux venir te voir. » « J'ai tellement besoin de te serrer dans mes bras. » « Qui t'a fait du mal ? » « Ça se passe mal au boulot ? Ce sont tes collègues ? Dis-moi qui t'a embêtée, je vais les démolir ! » « Mon cœur, ne pleure pas. Ça me rend tellement triste. » En lisant son « je vais les démolir », un rire s'est mêlé à mes larmes : « Mon patron m'a humiliée délibérément devant tous mes collègues aujourd'hui. Il a dit que mon travail était bon pour la poubelle. J'ai l'impression d'être une ratée, de ne servir à rien. » Paniqué, mon copain virtuel m'a aussitôt envoyé une note vocale : « Mon bébé, c'est faux ! Tu es la meilleure, ne doute jamais de toi. Tu es extraordinaire, tu n'as rien fait de mal, tu es parfaite. C'est ton patron qui n'a aucun goût. Ne prête pas attention à ce sale chien incapable de voir à quel point tu es géniale. Cet abruti finira seul toute sa vie avec son venin ! » C'était la toute première fois qu'il m'envoyait un message vocal. Au début de notre relation à distance, j'avais horreur des vocaux. En plus, ma colocataire de l'époque passait sa vie au téléphone avec son mec, ce qui me rendait folle. J'avais donc inventé un mensonge : je lui avais raconté que je m'étais brûlé les cordes vocales avec de l'eau bouillante quand j'étais petite et que je ne pouvais plus parler. Mon copain l'avait cru sur parole. Par respect et pour ménager ma sensibilité, il m'avait toujours écrit par SMS, sans jamais m'imposer de note vocale. Et là, rongé par l'inquiétude, il avait fini par craquer. Fébrile, j'ai lancé la lecture du message. Quand la voix d'Alexandre a résonné dans mes écouteurs, je suis restée pétrifiée. Mon petit ami virtuel… c'était mon patron ? Peut-être juste une voix qui lui ressemblait énormément ?! Alexandre était incapable de prendre une voix aussi douce et paniquée, non ? Pour en avoir le cœur net, j'ai pris l'initiative d'organiser un rendez-vous. On a convenu de se retrouver dimanche devant le cinéma. Pour éviter tout malentendu, j'ai joué le jeu habituel des premiers rendez-vous : « Tu portes des vêtements de quelle couleur ? J'ai peur de ne pas te trouver. » « Tu me reconnaîtras tout de suite, mon cœur. Je tiens tes fleurs préférées. » J'ai rangé mon téléphone et, au loin, j'ai aperçu Alexandre. Il tenait un énorme bouquet de tournesols, les yeux rivés sur son portable en train d'écrire. Je suis restée figée pendant une bonne minute. D'un coup, j'ai compris pourquoi mon crush virtuel et le grand patron avaient exactement la même photo de profil. Mais ce que je ne comprenais pas, c'était le nombre de femmes qu'il entretenait en même temps. Sa complicité avec Victoria montrait clairement qu'ils étaient en pleine lune de miel. Je me suis réfugiée dans l'ascenseur et j'ai appelé Margaux : « Margaux, tu m'avais dit que le boss sortait avec l'actrice… Tu en es sûre à cent pour cent, ce ne sont pas juste des bruits de couloir ? » Le ton de Margaux était catégorique : « C'est une certitude absolue ! Au début j'avais un doute, mais des collègues l'ont vu ramener Victoria chez lui plusieurs fois. Ils vivent probablement ensemble ! Attends, je t'envoie une photo volée, tu verras par toi-même ! » Qu'est-ce que j'espérais encore ? Après avoir raccroché, j'ai hélé un taxi et je suis rentrée chez moi. Quand Alexandre a partagé sa position en direct, j'ai immédiatement refusé : « Pas la peine de partager ta localisation, je suis arrivée en avance. » « Mon cœur, tu es où ? Je ne te vois pas. » Évidemment qu'il ne me voyait pas, j'étais déjà loin. Furieuse qu'il se soit payé ma tête, j'ai délibérément décidé de le laisser poireauter. « Oui, c'est normal, je me cache. » « Tu es timide, mon bébé ? » J'ai tapé d'une main tremblante de rage : « C'est fini. On rompt. » L'application a indiqué qu'il écrivait pendant un long moment. Une minute plus tard, il a envoyé : « Je peux t'appeler ? Je veux te rassurer. » « Pas la peine. Je ne fais pas un caprice. » « Pardon, mon cœur. Je refuse qu'on se sépare. » « Mon bébé, je t'aime tellement. Si on a un problème, on peut le régler ensemble. Je ne veux pas qu'on rompe. On peut en parler calmement, s'il te plaît ? » « Mon cœur, s'il y a des tensions, on va les apaiser. S'il y a un malentendu, on va l'éclaircir. Si tes sentiments ont faibli, je te séduirai à nouveau, depuis le début. Même si tu ne m'aimes plus, ce n'est pas grave. Moi, je t'aime. Je t'aime à en crever. Je ferai tout ce qu'il faut pour que tu retombes amoureuse de moi. Mais on n'a pas besoin d'en arriver là. » « Mon cœur, tu as rencontré quelqu'un d'autre ? Ou tu t'es juste lassée de moi ? Si tu veux, garde-moi sous le coude. Tu peux être froide, m'ignorer, me crier dessus, passer tes nerfs sur moi. J'accepterai tout, je te le promets. Mais ne me quitte pas. N'y pense même pas. Je vais pleurer. Je ne supporterai pas de vivre sans toi. Je ne serai jamais d'accord pour qu'on se sépare. Jamais. C'est toi et seulement toi, pour toujours. Je ne peux être l'homme de personne d'autre. » « Bébé, c'est parce que je ne suis pas assez bien foutu ? Pourtant tu m'as dit que tu aimais mes abdos. Ou c'est parce que j'ai mis quelques minutes à te répondre pendant cette réunion ? C'est de ma faute, mon cœur. J'ai forcément fait une erreur. Je te demande pardon. Je serai sage. Ne m'abandonne pas. Je t'en supplie, ne me laisse pas. » « Dis-moi ce qui ne va pas chez moi, d'accord ? Je changerai tout ce que tu veux. Tu ne te rends pas compte à quel point j'étais heureux quand tu as proposé qu'on se voie. J'avais déjà imaginé notre mariage en Irlande, notre lune de miel à Bora-Bora… J'avais prévu de passer toute ma vie avec toi. » « Je te donnerai tout mon argent, mon cœur. Ma fortune entière, si tu la veux. Je peux tout abandonner. Tout ce que je veux, c'est toi. » « S'il te plaît, mon bébé. Reviens sur ce que tu as dit. » Virement de 5 200 € Virement de 5 200 € … Virement de 5 200 € Un grand malade. Pourquoi Alexandre n'avait-il pas fait carrière dans le cinéma ? Il jouait les amants transis à la perfection. Les virements continuaient de pleuvoir. Écœurée et à bout de nerfs, je l'ai supprimé et bloqué de partout.Le contrecoup d'une rupture est toujours atroce à encaisser. Heureusement, ma journée de travail le lendemain a été suffisamment chargée pour m'empêcher d'obséder sur le fait que mon crush virtuel était en réalité mon patron hypocrite et volage. Mais ma cheffe d'équipe semblait déterminée à me pourrir l'existence. Elle a claqué une pile épaisse de dossiers sur mon bureau : « Va faire signer ça à M. Vance. » Je me suis pointée du doigt : « Moi ? » Elle a rétorqué d'un ton sec : « Tout le monde sait dans la boîte que M. Vance ne peut pas t'encadrer. Je te donne une opportunité de te faire bien voir. Saisis ta chance. » « Je suis débordée du matin au soir et aucun de vous, les jeunes, ne prend jamais l'initiative de me soulager. C'est vraiment désolant. » Sur ce, elle a regagné son poste d'un air faussement affairé pour marteler son clavier. Margaux a levé les yeux au ciel : « D'habitude, elle est la première à se précipiter dans le bureau de la direction. Si elle te refile le bébé aujourd'hui, c'est juste parce qu'elle sait que le boss est d'une humeur massacrante et qu'elle n'a pas le cran d'affronter sa colère. » « Quelle vipère manipulatrice ! » Je savais pertinemment que cette femme était injuste et abusait de son ancienneté pour exploiter les nouvelles recrues. N'ayant aucune énergie à gaspiller en disputes futiles, j'ai pris les documents pour monter au dernier étage. Après tout, Alexandre ignorait totalement que sa petite amie virtuelle et moi étions la même personne. Lorsque j'ai frappé, c'est son assistant personnel qui a ouvert la porte. Même si l'assistant s'est empressé de récupérer la pochette avant de refermer, j'ai eu le temps d'apercevoir, par l'entrebâillement, Alexandre au téléphone, les yeux rougis. La communication ne semblait pas aboutir, car il ne cessait de recomposer le numéro en boucle. Dans l'après-midi, un message sur le groupe de travail a annoncé un dîner d'entreprise à dix-neuf heures. Ce n'est qu'en arrivant au salon privé du restaurant que nous avons compris qu'il ne s'agissait pas d'un simple repas de service. Margaux m'a chuchoté à l'oreille : « Un dîner au Pavillon Ledoyen ? C'est plusieurs centaines d'euros par couvert ! On collabore avec Victoria depuis seulement un mois et il lui organise déjà un banquet de célébration ? Il l'aime vraiment à la folie. » J'ai serré les dents : « Il est aux petits soins avec sa chérie, dis donc. » La veille encore, il m'inondait de supplications éperdues pour refuser notre rupture, et dès le lendemain, il offrait un dîner de luxe à une actrice. L'ironie de la situation me donnait la nausée. Heureusement que j'avais été assez lucide pour ne pas me laisser berner plus longtemps. Quand Alexandre et Victoria sont entrés et se sont assis côte à côte, je venais d'avaler d'un trait une grande gorgée d'eau pour calmer ma rage. Pourquoi diable devions-nous être à la même table ? J'ai failli m'étouffer, prise d'une quinte de toux incontrôlable. Margaux m'a tapoté doucement le dos : « Ça t'émeut à ce point ? Ne me dis pas que tu es fan de leur couple ? » Je n'ai même pas eu la force de répondre. Durant tout le repas, Alexandre avait l'esprit ailleurs. Il semblait absorbé par son téléphone, passant des appels qui ne semblaient jamais aboutir. En picorant mon assiette, je me demandais bien qui pouvait être assez important pour qu'il s'acharne autant à essayer de la joindre. Au même moment, j'ai reçu une alerte par SMS m'indiquant que ma seconde carte SIM n'avait plus de forfait et que ma ligne était coupée. Sans trop y penser, j'ai rechargé mon compte de vingt euros en ligne. Dès que le paiement est passé, mon téléphone s'est mis à vibrer en cascade : une dizaine de notifications d'appels en absence. Tous provenaient du même préfixe. Sûrement du démarchage agressif. J'allais bloquer le numéro quand ma sonnerie a brutalement déchiré le silence feutré de la salle. Un air d'accordéon entraînant a retenti à plein volume. J'ai failli faire un arrêt cardiaque. Alors que je me débattais frénétiquement pour couper le son, l'appel a coupé pour sonner à nouveau la seconde suivante. Ils étaient vraiment déterminés à me harceler jusqu'au bout ?! Exaspérée, j'ai décroché en murmurant entre mes dents : « Je suis mineure, lâchez-moi avec vos arnaques ! » À peine avais-je prononcé ces mots que la voix tremblante d'Alexandre a résonné juste en face de moi : « Je t'ai trouvée. » J'ai levé des yeux horrifiés vers mon patron, assis à quelques chaises de là. La réalité m'a frappée de plein fouet : j'étais grillée. J'avais pourtant pris soin de bloquer son numéro principal… qui aurait pu deviner qu'il achèterait des dizaines de lignes différentes pour essayer de m'avoir ? À côté de moi, ma cheffe d'équipe, ne comprenant rien à la situation, a froncé les sourcils pour me réprimander : « Olivia, tu n'as aucune éducation ? Monsieur Vance n'a même pas fini son appel que tu oses décrocher le tien ? Monsieur Vance n'a pas encore pris la parole et tu te permets d'interrompre tout le monde ? Tu cherches à te faire remarquer ? Tu ne sais pas mettre ton portable sur vibreur ? Tu… » « La ferme. » La cheffe d'équipe, qui pensait marquer des points, a été renvoyée dans les cordes d'une violence inouïe par Alexandre. Elle a baissé la tête, écarlate de honte. Quant à moi, j'étais morte d'embarras. Je comprenais enfin le sens exact de l'expression « être sur des charbons ardents ». J'ai essayé de garder une contenance en continuant de manger, avec la ferme intention de fuir dès que possible. Mais à chaque fois que mes yeux se posaient sur un plat, Alexandre faisait tourner le plateau tournant pour l'amener précisément devant moi. Assise à côté de lui, Victoria ne remarquait rien de ce petit manège. Moi, j'étais au bord de la syncope, terrifiée à l'idée qu'elle m'attrape par les cheveux pour me traiter de voleuse de mari d'une seconde à l'autre. Il fallait que je parte. Tout de suite. J'ai avalé mon verre de vin d'un trait pour me donner du courage, puis je me suis levée précipitamment sous prétexte d'aller aux toilettes.